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2017, fin de la guerre du volume?

la "loudness war" c'est quoi?

 

La guerre du volume (Loudness War), correspond à la course à celui qui sonnera le plus fort, qui est pratiquée dans l'industrie musicale depuis une vingtaine d'année au moins.

 

Le procédé consiste à réduire la plage de dynamique d'un morceau de musique afin d'augmenter la sensation de volume en utilisant abusivement compresseurs et limiteurs. 

Cette guerre du volume est la résultante de l'absence de normes jusqu'ici et d'une volonté quasi maladive des artistes et producteurs à vouloir sonner plus fort que le morceau du voisin... (mentalité quelque peu enfantine n'est-ce pas?).

 

 


 

 

Le problème posé par cette course à la brique (la représentation des formes d'ondes des morceaux les plus compressés y ressemblent fortement), c'est qu'elle détruit tout simplement la qualité des oeuvres enregistrées, en cassant la vie des chansons, causant une perte de subtilité dans de nombreux titres et laissant apparaitre des distorsions harmoniques qui peuvent aller du tolérable au très désagréable (ou complètement insupportable) selon le système de diffusion et votre perception de ce qu'est un son clean. (j'ai bien conscience que cela reste un mystère pour la plupart des consommateurs de musique qui pensent que plus c'est fort mieux c'est, mais on en reparle en fin d'article).

 

Et plus les années passent et plus les niveaux sonores ressentis ont augmenté...

 

L'exemple des beatles

Pour illustrer mon propos, voici à droite l'évolution de la forme d'onde du titre "something" des Beatles au fur et à mesure des différentes ré-éditions (et donc re-mastering) dans le temps...

On imaginerait presque une version remaster 2020 : un gros bloc vert bien plein sans aucun pic...

 


2017, the end of the war?

 

 

Ces dernières années, on a vu apparaitre peu à peu ce qu'il manquait pour que le public se rende compte alors de la vrai qualité d'un titre : des normes fixes!

 

Il y avait bien le EBU R128 de l'union européenne, un ensemble de règles (ou plutôt de suggestions) concernant l' intensité et le niveau maximum autorisé à la radio.

 

Mais sur les plateformes où l'on écoute aujourd'hui la musique : YouTube, Spotify, iTunes, Deezer,... c'était les montagnes russes !!!

 

 

 

 


 

 

Fin 2013, l'ingénieur du son renommé Bob Katz annonce déjà la fin de la loudness war en marge de sa collaboration avec Apple pour réguler les chansons d'iTunes radio à la norme de -16.5 LUFS. (Loudness Unit relative to Full scale), étendue à iTunes avec sa fonction soundcheck qui harmonise les chansons autour de -12 LUFS.

En 2015 YouTube développe son algorithme de mise à niveau moyen des contenus disponibles sur sa plateforme en adoptant une valeur moyenne de -13 LUFS.

2015 toujours, Spotify qui possède déjà sa fonction de normalisation des volumes depuis 2009, l'enlève de ses préférences pour l'installer par défaut avec un volume moyen de -12LUFS.

On peut donc en conclure qu'un titre avec une moyenne de -12LUFS sera le mieux pour l'ensemble des services de streaming ayant adopté ces fonctionnalités.

 

Les chiffres c'est bien, mais un exemple concret c'est mieux non?

 

l'exemple de thomas albert francisco

Pour le mastering de ce titre, destiné à Soundcloud, qui n'a pas d'algorithme de gestion des volumes entre les titres, j'ai adopté une valeur moyenne de -10LUFS. Cette valeur permet au groupe d'avoir un master concurrentiel par rapport aux autres artistes présents sur la plateforme, sans trop abîmer la dynamique initiale du mix.

Ci-dessous, vous pouvez comparer le morceau "Déesse, Déesse, Là" du groupe avec le titre "black fire" de Anouk Aïata (-12LUFS) et le titre  "comme un seul homme" de M (-7 LUFS)

 


 

La différence qui vous frappera en premier est celle du volume. Pour vous faciliter je les ai classés dans l'ordre du moins fort au plus fort.

Mais si on prête attention à la dynamique des morceaux, les deux premiers sont plus agréables à écouter que le dernier titre, qui même s'il est très bien mixé, est beaucoup trop compressé!

Sur une plateforme comme Soundcloud, qui n'a pas encore adopté de système de mise à niveau des titres entre eux, il est pour moi très ennuyeux de devoir adapter son volume d'écoute manuellement, et de tomber sur des titres hyper compressés, qui fatiguent vite.

Pour conclure sur cet exemple, si ces trois titres étaient dans une playlist sur spotify, le premier titre serait exactement identique, celui de Thomas Albert Francisco que j'ai masterisé lui serait diminué de 2dB par Spotify, et celui de M se verrait lui baissé de 5 dB! 

Je vous laisse deviner celui qui sonnerait le mieux sur Spotify...

Less is more!

 

En conclusion de cet article, vous l'aurez compris, "faire pêter le master" comme je l'entends souvent, n'est pas forcément la solution pour sonner mieux, encore plus en 2017. Alors s'il vous plait, arrêtez de me demander de pousser plus fort!!!

 

J'ose espérer enfin que les autres services de streaming vont suivre la marche des leaders, notamment Soundcloud, et le français Deezer... et que les initiatives de sensibilisation autour de la question du loudness vont continuer, à l'instar de la pétition "Bring Peace to the Loudness War" inititiée par Matt Mayfield, ou encore le "Dynamic Range Day" de Ian Shepherd.

 

Bon mastering à tous!

 

Jean-Philippe Faillie.


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